La blogosphère a vu naître de fabuleuses "success stories" notamment dans les milieux de la Mode et de la Beauté. En
France, difficile de ne pas avoir entendu parler de Garance Doré ou Betty pour ne citer qu'elles. Cette soudaine cyber-notoriété, que vivent une minorité de blogueuses due à leur statut de
pionnière et/ou la qualité de leur blog et de son contenu, a suscité un mouvement de ce que j'appelle des "néo-blogueuses" qui ont pour objectif de venir enrichir à leur tour la blogosphère de
leurs passions et surtout de leur ambition.
Nous avons quasiment tout lu : les milles et unes astuces pour se faire une place dans la blogosphère, les règles pour
réussir son blog, comment sortir son épingle du jeu et recevoir des produits gratuits... Tout pour la gloire et l'argent, mais rien de foncièrement méchant jusque-là, me direz-vous.
J'ai mentionné par le passé des notions telles que "cyber-narcissisme", "cyber-bullying" ou "troll". Des termes qui peuvent suggérer un mouvement de cause à effet dans certains cas, et nous
rappellent que le Web n'est pas toujours un espace d'expression positive. Je souhaiterais explorer plus en profondeur le côté obscur de la cyber-notoriété. Pour cela, j'ai fait appel aux
blogueuses pour recueillir leurs témoignages.
Parce que côté obscur, il y a : insultes, diffamation, harcèlement, freins professionnels, procès. C'est le lot de
nombreux blogueurs et blogueuses qui doivent jongler entre leur vie IRL et leur cyber-life sans que l'une ne vienne empiéter sur l'autre de manière négative. Sinon, quel est l'intérêt?
Lorsque l'on devient un personnage public, nous nous exposons au regard critique de l'opinion publique. Bien que le blog
soit considéré tel un journal intime dont le contenu est contrôlé par son propriétaire, il reste un espace public accessible de tous. Ainsi, avec la notoriété, vient l'attention des bons lecteurs
comme des mauvais. Je ne vous parle pas de ceux qui désapprouvent votre message et échangent poliment et constructivement avec vous. Je vous parle des "trolls" qui jalousent, qui insultent, qui
critiquent gratuitement et méchamment, qui pourrissent vos commentaires car c'est leur passe-temps favori de vous voir vous agiter derrière votre ordinateur de confusion, l'amour-propre
blessé.
La première parade à ce genre d'attaques est la modération des commentaires. Slanelle Style nous dit par exemple : "Une fois dans ma vie, j'ai supprimé un
commentaire qui allait trop loin. J'ai la chance d'avoir des lecteurs cools qui, même s'ils ne vont pas dans mon sens, s'expriment avec calme et respect. Tant que personne n'insulte
personne, moi, ça me va !". Les blogueurs se prêtent à dire qu'ils acceptent la critique constructive, mais que
l'insulte est le commentaire de trop. La Penderie de Chloé précise quant à elle : "Je modère mes commentaires car j'ai eu, dans le passé,
des commentaires peu sympathiques et il m'a semblé essentiel de les trier avant de les publier. Je suis ouverte aux critiques constructives, je propose des looks et mes tenues ne plaisent pas à
tout le monde. Et dieu soit loué ! Cependant, ce que je ne souhaite pas publier sont les commentaires injurieux "t'es grosse", "t'es moche" qui n'apportent rien au débat.".
Le but n'est pas de retirer à ses lecteurs leur liberté d'expression. La censure rentre en compte lorsque
les commentaires attaquent le blogueur sur son physique et son intégrité; au même titre qu'il est interdit dans les chartes de blog le contenu raciste, antisémite, etc, qui représentent les pires
extrêmes d'Internet.
Face à ce type de comportement, il est logique de suggérer que cela ait une influence sur
le contenu d'un blog. Un blogueur fera ainsi plus attention aux informations qu'il partage, au contenu image et/ou produits qu'il expose & co. J'ai voulu savoir si le cyber-bullying ou les
critiques sévères avaient poussé certaines blogueuses à adapter leur ligne éditoriale. Yummy Yo nous dit ici : "Le conseil que je peux donner serait de toujours réfléchir à la manière dont on peut être perçu, ce que l'on a envie de
montrer et quelles peuvent être les conséquences; réfléchir un minimum aux consequences de tout ce que l'on publie! Moi je ne prend jamais de risques car je détesterais avoir beaucoup de
critiques. Je déteste ça dans la vie en general alors de gens que je ne connais pas! Je ne publie que des choses que j'aime et que j'assume totalement!!". La Penderie de Chloé intervient : "J'ai toujours été consciente du danger
d'Internet et du coup, depuis le début, je suis méfiante sur les réseaux sociaux, le blog, etc. Par exemple, je fais toujours attention aux données de localisation. C'est déjà énorme que des
milliers de lecteurs sachent dans quel ville je me trouve, à quel moment, mais alors l'endroit exact, no way ! C'est pour cela que je publie mes photos #latestagram pour que je ne me trouve
jamais au moment de la publication à l'endroit identifié. Mon nom de famille étant diffusé sur Internet, notamment, via les publications presse (Sud Ouest &co), mon père qui n'est pas sous
liste rouge a eu des appels très étranges liés à mon blog."
Il n'est plus question ici de contenu à proprement dit, mais d'informations personnelles qui mènent dans ce cas précis à
des situations inquiétantes. Car certains internautes ne s'arrêtent pas aux insultes, mais passent le cap du harcèlement. Yummy Yo commente : "Je pense que les inconvenients sont essentiellement dus au fait que certaines personnes aient envie de savoir, de connaitre la vie privée
de l'auteur du blog; et évidement viennent les critiques gratuites sous pretexte d'exposer certaines parties de sa vie sur le Net.". Non seulement les
blogueurs sont victimes de certains types de harcèlement, mais on leur reprocherait presque d'en dire trop. Cela sous-entend-il qu'ils sont victimes de leur propre succès?
Nous entendons également parlé de diffamation. Certains blogueurs subissent les critiques intolérables et les
mensonges d'internautes sur des forums de discussion (ex: Beauté Test foisonnant de ce type de faits divers). Ils sont forcés de faire appel à la justice pour que la situation soit prise en main.
Outre les insultes, les internautes vont jusqu'à fouiller dans le passé de ces personnages publics et lancer des rumeurs. Justifiées ou non, sans preuve tangible et dans un but malveillant, cela
reste de la diffamation. Chose qui est punie par la loi pour protéger la vie personnelle des victimes. Babillages en a, par exemple, fait l'expérience :
"Ces gens-là, je les appelle les "haters" ou les "trolls". J'ai passé du temps
à me demander ce que j'avais bien pu leur faire personnellement pour qu'ils en veuillent autant à Babillages, qu'ils postent des messages haineux et injurieux, qu'ils passent autant de temps à
gratter pour trouver des choses sur ma vie perso, etc... Et puis, j'ai accepté. Ça fait partie du jeu. On ne peut pas plaire à tout le monde, et au final, ces gens-là ne me connaissent pas et ne
m'ont jamais vue. Alors, ça ne m'atteint plus du tout sur le plan personnel."
Elle relativise
en ajoutant : "L'aventure que je vis avec Babillages a été et reste fantastique sur tous les plans, personnel comme professionnel. Alors, si
je devais faire un bilan de ces 6 ans de blogging, je dois avouer que je ne parlerais même pas de ces petits éléments perturbateurs, qui ne sont qu'un grain de sable dans tout l'océan de bonheur
dans lequel je peux baigner. J'aime me concentrer sur les choses positives. C'est notamment pour ça qu'un compliment d'une lectrice me touchera beaucoup plus qu'une insulte. La pensée positive,
il n'y a rien de mieux !".
Autre conséquence de la cyber-notoriété et ses travers : le frein professionnel. Contrôler son image en
ligne est impératif. Pour la plupart, un blog est un hobby. Manaa is a Dreamer le dit : "Je suis infirmière en réa, je ne parle pas de mon espace blog au travail car ça reste mon endroit perso pour souffler, parler d'autre chose qui m'intéresse et que j'ai envie
de partager." Pour une minorité, c'est une identité 2.0 qui influe sur leur (future) vie professionnelle. La Penderie de Chloé en est l'exemple : "Mon blog n'est pas susceptible de porter préjudice à ma carrière. Je suis encore étudiante. À la rentrée prochaine, je vais intégrer un master à l'université en
information/communication spécialité web et écriture numérique. Au contraire, mon blog me permet d'avoir un contact avec les acteurs de la Mode, de la Communication; deux domaines dans lesquels
j'aimerais évoluer plus tard. J'ai d'ailleurs trouvé mon dernier stage via un simple tweet.".
Sur un autre registre, Babillages commente : "C'est très étonnant : je pensais que
mon blog m'aiderait professionnellement. Mais les choses ne se sont pas exactement passées comme je le prévoyais : je n'imaginais pas qu'un jour on pourrait me parler de "conflit d'intérêts"
entre mon loisir et ma potentielle vie professionnelle. Ces dernières années, de très belles marques m'ont chassée pour que je rejoigne leurs équipes. C'était mon rêve ultime quand je faisais mes
études, alors imaginez ma joie lorsque les RH m'ont appelée ! Quand on m'a annoncé que pour ce job de rêve il fallait quitter Babillages pour toujours, ne même plus tweeter comme je l'entendais,
etc..., j'ai refusé. Et j'ai compris que mon avenir était sans doute auprès de ces belles marques si chères à mon coeur mais sous un autre format. J'ai dû construire ma carrière autrement, mais
cela me plaît tout autant. Car au final je m'éclate dans mon job et via Babillages ! Que demander de plus ?! ".
Lorsqu'il est question de mettre en garde les nouvelles générations de blogueurs, les
conseils que peuvent donner ces cyber-notoriétés sont simples. Slanelle Style préconise : "Il faut juste rester cool, ne
pas faire de son blog le centre de son monde, garder le sens des réalités. Il faut continuer à être entouré de gens qui ne sont pas accro au net, pour bien voir que tout ceci n'est qu'un agréable
passe-temps, mais rien de plus.". En effet, il ne faut pas perdre de vue que c'est avant tout un hobby pour la majorité. Malgré tout, il s'agit aussi
d'un business lucratif ou d'une vitrine professionnelle pour d'autres avec lesquels on ne peut pas se permettre d'être aussi détaché. Pour ceux-là, les enjeux sont plus importants car leur image
est intimement liée au succès de leur plateforme en ligne.
La morale de l'histoire est que si nous voulons profiter
du meilleur de la blogosphère, il y a quelques règles simples à suivre afin d'éviter de subir le côté obscur de la cyber-notoriété :
- garder ses informations
privées...privées! (ex: nom de famille, profession, coordonnées, situation familiale, conjoint...)
- modérer les commentaires pour filtrer
les propos insultants voire racistes
- accepter que l'on ne puisse pas plaire à tout le monde
et accepter la critique constructive
- ne pas rentrer dans le jeu des "trolls", ignorer leurs
attaques et éviter les "clashs" en ligne
- ne pas tomber dans le
cyber-narcissisme, perdre de vue sa ligne éditoriale et devenir une vitrine pour les marques (premières sources de critiques des internautes qui
se sentent snobés ou estiment que le contenu n'est pas sincère)
- ne pas tolérer la diffamation; plus tôt
le problème est géré et les coupables mis en garde, plus tôt ils comprendront les conséquences de leurs actes et seront éduqués sur les règles de savoir-vivre en ligne.
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